Quand les ruralités en déprise deviennent l’espace de fabrication d’une nouvelle offre territoriale, interroger le programme expérimental « Revitaliser les centres-bourgs ».

4-6 septembre 2017, Bruxelles

 

En France, les campagnes, villages et petites villes connaissent un reflux démographique qui s’est amorcé dans les années soixante-dix et qui se confirme depuis une vingtaine d’années. Si le tourisme a largement participé à « remettre » en désir les campagnes françaises dans leur diversité (Viard, 2000), la culture de la mobilité, l’attractivité d’un foncier moins onéreux qu’en ville, la recherche de confort spatial et d’aménités territoriales sont aujourd’hui devenues les moteurs conjugués de migrations récréatives et résidentielles de plus en plus soutenues en direction de ces territoires dits « de la faible densité ».

 

Dans son étude prospective « Les nouvelles ruralités à horizon 2030 », l’INRA confirme cette tendance tout en soulignant son caractère hétérogène. S’appuyant sur la typologie des campagnes françaises réalisée par la DATAR en 2012, l’étude pointe des situations contrastées en termes d’attractivité effective et potentielle. Si les campagnes denses des villes, du littoral et des vallées urbanisées concentrent croissance résidentielle et dynamisme économique, les campagnes agricoles et industrielles comme les campagnes de très faible densitéregroupent quant à elles les revenus les plus modestes, une économie présentielle et résidentielle moins importante, une natalité faible, une fuite des jeunes actifs et un vieillissement des populations locales (INRA, 2015). Subissant de plein fouet ces réalités sur leur territoire, les présidents des Conseils Généraux du Cher, de l’Allié, de la Creuse et de la Nièvre ont rédigé en 2012 le « Manifeste commun pour la défense des Nouvelles Ruralités » afin d’alerter sur la nécessité de « défendre un modèle de développement équilibré des espaces ruraux, modèle complémentaire de la métropolisation ». Dans le rapport qui lui a été commandé par le Ministère du Logement, de l’Egalité des territoires et de la Ruralité, Frédéric Bonnet insiste quant à lui sur la nécessité d’inventer ce modèle de développement. Il plaide à cet égard pour un « empowerment des territoires ruraux et des campagnes urbaines », empowerment qu’il s’agit selon lui d’accompagner en donnant aux acteurs locaux les moyens d’identifier, de valoriser, d’activer les ressources qui fondent et qui font la spécificité de leur territoire (Bonnet, 2015).

 

Un dispositif expérimental, lancé par le gouvernement français en 2014, offre un écho intéressant à ce plaidoyer. Mis en place un an avant la parution du rapport Bonnet, ce programme interministériel a pour principal objectif de soutenir l’attractivité des territoires ruraux en faisant des centre-bourgs en déclin le laboratoire d’une revitalisation basée sur la révélation et l’activation d’un empowerment local. Le pari de ce programme est le suivant : faire des espaces ruraux les plus « mal-aimés » et souvent les plus dégradés, des lieux capables d’accueillir mieux et autrement la diversité des trajectoires résidentielles, entreprenariales, touristiques qui animent, traversent, se cherchent sur ces territoires en devenir. Le caractère expérimental dudit programme repose sur le fait de construire cette « résilience » en investissant dans la capacité d’agir des acteurs locaux. L’essentiel des fonds alloués aident en effet à financer une ingénierie de proximité implantée dans chaque commune lauréate du dispositif, ingénierie en charge de construire des synergies entre des initiatives publiques, privées, associatives qui oeuvraient jusque-là de manière isolée et dispersée.

 

Notre communication sera consacrée d’une part à présenter les enjeux de ce dispositif et les modalités de désignation des 54 communes qui en bénéficient, d’autre part à analyser le type d’innovations que le dispositif a su impulser localement en matière de méthodes et de démarches projectuelles. Nous nous baserons, pour ce faire, sur l’analyse comparative des résultats d’un travail de terrain mené sur les quatre communes lauréates de Rhône-Alpes Auvergne, qui, sur un même périmètre institutionnel, présentent des situations de déprise contrastées. L’étude des chaînes d’ingénierie à l’œuvre permettra d’analyser leurs capacités à tirer partie de ce qui « fait ressource » localement, tout en s’inscrivant dans une conscience des phénomènes externes globalisés nécessitant des stratégies d’interdépendance territoriale échappant aux logiques périmétrales institutionnelles. Cette analyse nous permettra en cela d’identifier le type d’empowerment que le programme a permis d’initier concernant des chantiers aussi variés que la rénovation de l’habitat insalubre, le réaménagement des espaces publics, la revitalisation de l’activité commerciale, la valorisation du patrimoine bâti et naturel des communes étudiées.

 

Pour plus d’informations, visitez le site du colloque EUGEO2017 ici.