L’expression “cultures constructives” qualifie un regard sur l’architecture éclairé par les deux termes de « culture » et de « construction » renvoyant respectivement à la sphère anthropologique et au domaine technique. Les sociétés humaines, dans leur pluralité, leurs traditions, leurs représentations ; et l’univers des techniques. Suivant cette conception, dans le domaine de l’architecture, l’agir prime sur la forme. « Bâtir » : telle est la fonction qu’interrogent les cultures constructives. Pour une part majeure de son objet, le projet de bâtir rejoint celui d’ « habiter », de s’établir. Dès lors, les objets de la construction – matériaux, techniques, outillages requis, contrôle des ambiances, maintenance… – sont qualifiables dans leur dimension éthique, responsable : implantation, ressources, savoir-faire, environnement, consommation, recyclage…

 

S’intéresser à l’architecture dans ses dimensions culturelles et constructives associées, c’est reconnaitre qu’elle n’est pas seulement un objet technique, fonctionnel, esthétique (antique base doctrinale : firmitas, utilitas, venusta), mais qu’elle est aussi le fruit d’un projet lié à une pratique complexe, celle qui pour l’homme consiste à s’établir : pour habiter, pour travailler, pour se recréer…

A part égale, notre intérêt porte sur :

. les modes d’habiter, d’utiliser, d’entretenir, de gérer, de faire évoluer le bâti ;

. les matériaux employés, leur origine : extraction, transformation, livraison sur le chantier,

. les techniques de mise en œuvre, moyens, savoirs et savoir-faire déployés ;

. les nécessités environnementales, énergétiques et thermiques telles qu’on sait les déterminer ;

. l’organisation, le rôle et la valorisation des différents acteurs à ces diverses étapes.

 

La prise en compte de ces critères aide à mieux mesurer l’adaptation au contexte, aide à mieux évaluer l’impact économique et social du bâti. Elle aide à apprécier la possible valorisation des ressources locales, naturelles, humaines. De tels critères permettent encore d’évaluer la façon dont la production de l’habitat contribue au bien-être et au développement local et, au-delà, à l’effet d’entraînement qu’elle peut engendrer.

Partant de là, le concept de cultures constructives, au pluriel, permet de reconnaître la diversité des cultures qui se sont développées et qui continuent de se développer localement, leur intelligence, avec ou en dépit des conditions environnementales particulières qui les voit s’épanouir ou dépérir ; d’en tirer des leçons, y compris sur l’évolution qu’elles ont connue à différentes époques.

Le recours aux « cultures constructives » permet d’envisager l’architecture, plus généralement la production architecturale en mobilisant les ressources territoriales et en faisant des choix éclairés quant aux impacts sociaux, économiques et culturels à tous les stades du cycle de vie du bâti. Il permet de contrer certains effets néfastes de l’aliénation culturelle engendrée par la mondialisation.

Il permet enfin au concepteur de mettre en application l’idée de « penser global, agir local » et par là-même de valoriser au mieux les créations des hommes, dans leurs contextes. En architecture plus qu’ailleurs peut-être, l’expérience locale peut garder une bonne place aux côtés de la grande production et de l’innovation industrielle. De cette manière, on favorise le développement local et on maintient les équilibres globaux, en contribuant à la qualité environnementale et à l’économie d’énergie grise. On répond donc efficacement à deux nécessités : le développement durable et le respect de la diversité culturelle.