Les recherches du laboratoire Cultures constructives se répartissent dans les trois axes du programme AE&CC : Habitat, Matériaux et Patrimoine.

 

Si ces trois termes représentent trois axes, trois objets de recherches relativement distincts, ils n’en constituent pas moins une figure cohérente, une sorte de triangle dont les pôles (les angles) s’ordonnent et se coordonnent sur un même plan d’immanence, celui de la construction, dans le sens enrichi du mot, construction pour l’homme, établissement humain.

Chacun des pôles, matériau, habitat, patrimoine, entretient avec ses pairs une relation de dépendance que l’on qualifiera de structurelle. Le matériau sera traité non seulement pour ses qualités propres et celles que réclame sa mise en œuvre, mais encore selon la pertinence de sa situation : en tant que servant un projet d’édification pensé pour un usage (globalement, l’habitat), et appartenant physiquement à un ensemble, une collection, constitutive d’un patrimoine dont il importe d’établir la valeur. Le ciment prompt, par exemple, produit spécifique de l’industrie cimentière dauphinoise au début du XXème siècle, a alimenté une filière significative de constructions civiles ou monumentales activement conduite par le souci de substituer la « pierre factice » à la maçonnerie courante. De nombreux témoins se rencontrent en Dauphiné, dans le Piémont italien, et au-delà même, en Tchéquie, en Pologne. Ce patrimoine est encore mal connu. Autre exemple. La terre (torchis, bauge, adobe, pisé…) constitue le matériau essentiel de plus de deux milliards d’habitations sur la planète, patrimoine vivant qu’il s’agit non seulement d’entretenir, mais de pérenniser au niveau de ses techniques de production et des savoir-faire qui lui sont attachés. Plus subtilement encore, l’air… ce matériau que l’on habite, trop évident et trop volatile pour être apprivoisé par la géométrie du constructeur, se voit en maints endroits menacé dans sa vivacité essentielle. Il lui faut être indexé de manière nouvelle pour en exprimer la composante environnementale immédiate et l’intégrer comme matériau essentiel de l’habitat.  

De même, une approche préalablement patrimoniale relativement à certains corpus comme ceux des constructions antiques en terre crue de la vallée de l’Euphrate par exemple (Mari), réclame un diagnostic fin du matériau, particulièrement dégradable. Par extrapolation, des patrimoines fragilisés, voire détruits à la suite de tremblements de terre comme celui de Bam (Iran) peuvent être soumis à des actions de préservation qu’il importera de conduire dans des conditions sociales et économiques sensibles, une habitation ne se restaurant pas comme un mastaba. La connaissance précise des milieux et des sociétés qui animent ce que l’on peut (et doit) considérer comme un patrimoine de l’humanité aidera à le maintenir. Cela peut être dit du béton,  paradoxalement peut-être, à l’heure où l’on fait sauter à la dynamite des constructions jugées néfastes. La question patrimoniale est un enjeu immense que les conceptions héritées de l’idéologie « MH » (monuments Historiques) ne savent guère gérer, alors que le critère du quantitatif se substitue à celui du qualitatif. Cette notion de patrimoine doit être revisitée au contact de situations extrêmes dont l’époque contemporaine va multiplier les occurrences. La dégradation de l’environnement, désormais fortement médiatisée, nous impose de réviser et d’intelligibiliser autrement la notion de patrimoine, qui ne saurait se détacher de la connaissance du matériau et de l’habiter. 

Enfin, le pôle habitat, dont la composante sociologique est peut-être la plus évidente, ne saurait s’évaluer et faire naître des recherches sans tenir compte de son substrat matériel et des territoires ou des paysages qu’il fige sur le long terme. Si l’architecture contemporaine fait un usage immodéré de notions comme le « virtuel », le « non standard », et affiche plus que jamais sa dépendance aux services ou aux technologies de l’information, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle procède d’une physique et d’une échelle qui la caractérisent en propre. Les « nouveaux matériaux » trouvent leur pertinence dans la production en centaines ou en milliers de tonnes. L’habiter, pour dissolues ou disloquées qu’en paraissent les modalités modernes, continuera longtemps de frayer avec le sol, avec des murs, avec des toits, avec une atmosphère spécifique qu’il réclame pour le bien être de ses protagonistes. Habiter le béton, habiter la terre, habiter tous les matériaux dont l’industrie ou la nature nous offrent les ressources constituent d’authentiques problématiques que les cultures constructives et l‘Environmental Design ont pour vocation de débattre et de faire advenir à la connaissance.

thème 1 Habitat

Le laboratoire Cultures constructives cherche à faire converger sur cet axe de recherche des travaux de type R&D avec une recherche de nature plus fondamentale, sur l’habitat éco-responsable et économique, de l’échelle du territoire à celle de l’édifice.

Le volet R&D a connu une montée en puissance considérable depuis 2008 avec les projets scientifiques et pédagogiques liés à la participation de l’ENSAG au concours international Solar Decathlon Europe. Les participations successives à cette compétition d’une équipe ENSAG en 2010 et du Team Rhône-Alpes en 2012 se sont soldées par une quatrième place avec le projet Armadillo Box® et une très belle première place avec le projet Canopea®, vainqueur en 2012 à Madrid. Pascal Rollet, co-directeur de l’unité de recherche AE&CC, responsable du master Architecture et Cultures constructives jusqu’en 2012, cheville ouvrière des participations grenobloises au SDE Europe, est mis à disposition du CSTB pour l’organisation de l’édition 2014 du SDE, en France.

Au cours de la même période la question de l’habitat et de l’habitabilité sont abordées dans le cadre de différents projets de recherche et thèses de doctorat, portant sur des terrains variés allant du périurbain français, européen et américain au rural brésilien. Parmi ces approches, mentionnons la participation du laboratoire Cultures constructives, AE&CC, au projet TerrHab, De l’habitabilité à la territorialité (et retour) : à propos de périurbanités, d’individus et de collectifs en interaction, porté par PACTE-Territoires dans le cadre du programme ANR Espace et territoire, les énigmes spatiales de la vie en société (2010-2014).

Ces travaux à l’échelle territoriale se poursuivent dans le cadre du projet de recherche « Spatialiser la transition énergétique. Vers la production d’écosystèmes énergétiques territoriaux en milieu rural ». Pour ce projet, coordonné scientifiquement par Anne Coste et Xavier Guillot, retenu dans le cadre de la troisième édition de la consultation Ignis Mutat Res (2013-2015), AE&CC est associée à l’ENSA Saint-Etienne et au réseau Espace rural et Projet spatial (ERPS).

L’appel d’offre de la Région Rhône-Alpes, ARC7 « Innovations, Mobilités, Territoires et Dynamiques Urbaines », 2013, a offert un cadre à notre laboratoire pour démarrer un projet sur le volet Mobilités avec Un train d’avance ? Le tramway, le train-tram et le transport urbain par câble : des interfaces entre innovations techniques et stratégies territoriales à travers les expériences de Grenoble et Saint-Etienne.

L’année 2014 a été marquée par le lancement du programme de recherche GC21 « Garden cities for the 21st century ». Prenant acte du retour du modèle des garden cities outre-Manche, il a pour objectif d’interroger les raisons qui expliquent la mobilisation contemporaine de ce précédent daté de la fin du 19ème siècle. Il s’agit en particulier de questionner la capacité du modèle à apporter des réponses à la crise du logement et à contribuer à la transition énergétique.

Ces différentes expériences permettent au laboratoire d’opérer sur la question de l’habitat durable une synergie entre les différentes approches mentionnées plus haut. Au cœur de nos questionnements se situe de manière privilégiée une réflexion partagée sur les apports de l’architecture en générale et du projet architectural, urbain et paysager en particulier, pour faire avancer la connaissance sur ces thématiques. Cette réflexion s’appuie sur la notion d’expérience, de l’expérimentation par le projet à la conception et réalisation de prototypes. L’ensemble de ces projets a permis de réunir des partenaires, tant scientifiques et académiques qu’industriels et collectivités locales, de grande valeur, avec lesquels nous entendons poursuivre et enrichir notre production scientifique sur la base des appels d’offre de recherche, nombreux, relatifs à ces thématiques.

thème 2 Matériaux

L’histoire des matériaux, abordée sous les angles culturel, social et technique, constitue l’un des axes scientifiques les plus anciens au sein du laboratoire cultures constructives, de nombreux ouvrages et articles, monographiques et théoriques en témoignent.

C’est dans cette lignée que s’inscrivent les travaux récents consacrés à l’ingénieur suisse Robert Maillart (Cyrille Simonnet, Robert Maillart et la pensée constructive, CH-Gollion, Infolio éditions, 2013) et à l’architecte-entrepreneur français Auguste Perret (Avenier Cédric, L’ordre du béton. La tour Perret de Grenoble, Craterre-éditions, Grenoble, 2013).

Un partenariat avec Vicat permet également au laboratoire de développer une action intitulée Des matériaux à l’architecture : la filière cimentière.

Issu d’un travail monographique de plusieurs années sur l’entreprise Llambi à Barcelone, spécialiste de la persienne à lames orientables pour lesquelles ses fondateurs ont co-déposé avec José Antonio Coderch un brevet en 1953, l’ouvrage Slats Façades / Fachadas en Celosia (Monsa édition) contient une contribution signée par Anne Coste sur l’histoire de cette entreprise atypique. Depuis 60 ans, l’entreprise Llambi a développé, grâce à une pratique de co-design avec les plus grands architectes contemporains, des modèles très singuliers de protections solaires, dans les matériaux les plus divers.

Est parue également en 2014 une Brève histoire de l’air : cette recherche produite par Cyrille Simonnet constitue une originale approche d’un matériau d’architecture peu étudié.

thème 3 Patrimoine

Différentes recherches du laboratoire Cultures constructives s’inscrivent dans l’axe « Patrimoine » d’AE&CC : sur les cultures constructives locales ; sur la notion même de patrimoine ; les enjeux et les stratégies qui y sont liées dans nos sociétés mondialisées ; sur des aspects plus techniques, tels que la restauration des bétons.

Pierre Belli-Riz coordonne un projet d’atlas de l’architecture du site de Ghoufi en Algérie (partenariat avec l’université de Biskra).

Cédric Avenier, chercheur contractuel Labex AE&CC, conduit une recherche sur la restauration du patrimoine en béton.